Newsletter du 2025-11-20

 
  Bonjour à tous

Ce matin les champs étaient blanchis par le givre et du vrai gel est annoncé pour le WE. On a donc récolté vite en vitesse les céleris, couvert des betteraves, rentrée encore quelques salades en prévision du moment où la chambre froide paraîtra chaude lorsqu'on y pénètre. Eh oui, tout est relatif. Pas que chez nous.

Si la conférence sur le climat reste un sujet discret, les accords sur les tarifs douaniers font, eux, la une. Ce ne sont certes pas nos oignons, mais vu que le sujet touche un peu à la production agricole tout de même, on se sent indirectement un peu concernés.
Pour ceux qui croient à la réincarnation, il semblerait que certains de nos représentants du gouvernement pourraient bien avoir vécu comme cireur de pompes dans leur précédente existence. Mais les théories reposant sur le karma, n’étant pas scientifiquement prouvées, cela pourrait être assimilé à du complotisme.

Prenons donc une approche plus terre à terre (après tout, certains ont peut-être été agriculteurs dans une de leurs existences.. et pour au moins l’un d’entre eux, pas seulement dans une vie antérieure).
Pour l’aspect agricole, il est établi qu’on récolte ce qu’on sème.
En matière de semis, le terrain a donc été préparé il y a quelques semaines déjà: Les journaux titraient que que les tarifs douaniers américains pourraient bien envoyer 25’000 vaches à l'abattoir en raison de la baisse des exportations de fromage au pays du cheddar.

25’000 vaches produisant en moyenne 20 litres de lait par jour, cela nous donne 18 million de litres par année. De quoi fabriquer 1800 tonnes de fromage (+ quelques millions de litres de petit lait) par année.
C’est un gros chiffre... mais si on le ramène à Heidi, son grand-père et leurs 8 millions de concitoyens, on n’a plus que 250g par personne et par année. Sachant que la consommation fromagère Suisse par tête de pipe est de 22kg par an et que nous en importons quelque 80’000 tonnes, on pourrait délibérément se poser la question, si notre marché intérieur ne pourrait pas absorber les 20 g par habitant Suisse par mois, quitte à diminuer les importations de la même quantité (soit 2.2%) et ainsi sauver 25’000 vaches (elles finiront tout de même à la boucherie, mais concentrons nous sur le présent).
Avec la capacité de communication fédérale, j’aurais tendance à dire que cela aurait mérité un essai avant de faire les paillassons et vouloir changer des réglementations interdisant (ce que la majorité considèrent comme du bon sens) les poulets chlorés et le bœuf aux hormones.

Toutes proportions gardées, y a-t-il vraiment de quoi en faire tout un fromage ? Ou cela cacherait-il d’autres intérêts ? Ils ne sont certes pas tous cachés et il est bien évident que tout ne tourne pas autour de nos fromages… mais je ne sais pas vous : moi quand on me sert des histoires capillo-tractées, j’ai tendance à chercher quelle roche cache l'anguille (voyez y un jeux de mots ou pas)

Accessoirement, il n’est de loin pas prouvé que la diminution de l’export de disons 2000 tonnes de fromage serait vraiment nuisible à l’économie suisse. De fait , le prix à l’export du fromage Suisse est en moyenne de Fr. 9.60 /kg (tous fromages confondus), ce qui ne couvre pas les frais de fabrication. Jusqu’en 2015, il y avait des subsides pour l’exportation. Largement critiqués (par l'organisation mondiale pour le commerce plus que par les contribuables Suisses qui ont foi dans la bonne gestion des finances publiques et ne voient pas pourquoi on ne paierait pas une partie du fromage et chocolat exportés vers d'autres pays...) , ces subsides ont été supprimés. Néanmoins si on veut que Jeff et Elon aient les moyens de servir un plateau de fromage Suisse à leurs potes pour des apéros outre-atlantiques, il faut bien trouver une solution pour qu’il reste abordable pour leurs bourses, même si le dollar prend l’eau.

La solution s’appelle «fonds de réduction du prix de la matière première pour l'industrie alimentaire». Son financement est assuré via une partie du surplus que l’état verse aux agriculteurs qui produisent du lait pour la transformation. Donc l'Etat verse un peu plus de subventions pour le lait "transformé" afin que les producteurs aient de quoi remettre une partie de cet argent dans un pot commun servant à diminuer le prix à l’export du fromage et du chocolat. Une main donne, l’autre reprend.. un vrai tour de passe-passe.

Au fond, dans un monde idéal, l’histoire des droits de douane aurait même pu être considérée comme un acte militant anti-mondialisation qui rappellerait à chaque Nation qu’il est important de se recentrer un peu sur soi, balayer devant sa porte et mettre un frein au tourbillon commercial effréné. A défaut du Nobel de la paix, cela aurait valu un badge de bienfaiteur du climat à l'oncle Donald.

Heureusement que grâce à vous nous n’avons pas besoin d’exporter nos légumes aux USA. Un panier sera donc livré demain